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jeudi 19 mars 2026

Guerre au Moyen-Orient :  Le grand séisme économique

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Les répercussions de la guerre au Moyen-Orient dépassent désormais largement le cadre régional pour s’imposer comme une crise globale aux ramifications économiques, politiques et sociales profondes. C’est le constat dressé par l’économiste et universitaire Houari Tigharsi, qui alerte sur une recomposition en cours des équilibres économiques mondiaux, affectant aussi bien les pays producteurs que consommateurs d’hydrocarbures.

Invité de l’émission « Invité du matin » sur la Chaîne II de la radio nationale, l’expert souligne que cette crise se traduit déjà par une pression accrue sur les consommateurs, confrontés à une hausse sensible des prix. Mais l’impact ne s’arrête pas là : les pays producteurs eux-mêmes, souvent dépendants des importations de produits finis, subissent de plein fouet la volatilité des marchés internationaux.

Pétrole sous tension, économie sous pression

Au cœur de cette instabilité, les prix du pétrole évoluent au gré de scénarios incertains. Une désescalade pourrait entraîner un repli des cours, tandis qu’une prolongation du conflit — ou pire, une fermeture du détroit d’Ormuz — pourrait propulser le baril jusqu’à 150 dollars. Une telle flambée aurait des conséquences en chaîne : renchérissement des coûts de transport, hausse des prix de production et menaces accrues sur la sécurité alimentaire, tant l’agriculture reste étroitement liée aux intrants énergétiques.

L’Europe, particulièrement vulnérable sur le plan énergétique, pourrait voir ses investissements ralentir davantage. Déjà fragilisée par des crises successives, elle risque de faire face à des fermetures d’entreprises et à un recul de l’activité industrielle si la hausse des coûts énergétiques devait s’installer dans la durée.

Dans ce contexte, plusieurs pays européens semblent privilégier une posture prudente, axée sur la neutralité et la recherche de solutions diplomatiques. Pour ces économies, la priorité demeure la sécurisation des approvisionnements énergétiques à des coûts maîtrisés, afin de préserver le pouvoir d’achat et la stabilité sociale.

L’Algérie entre opportunités et repositionnement stratégique

Sur le plan des réponses à la crise, Houari Tigharsi évoque le recours possible aux réserves stratégiques par les grandes puissances pour apaiser les marchés. Parallèlement, l’alliance OPEP+ continue de jouer un rôle déterminant dans la régulation de l’offre mondiale, tentant de maintenir un équilibre fragile entre production et demande.

Pour l’Algérie, cette conjoncture difficile ouvre néanmoins des perspectives. Le pays enregistre une hausse notable de ses exportations de gaz, consolidant son statut de fournisseur fiable, notamment vers l’Europe. Cette dynamique s’accompagne d’un repositionnement stratégique, marqué par la conclusion de nouveaux accords énergétiques avec plusieurs pays arabes, signe d’un intérêt croissant des partenaires internationaux.

Au-delà des retombées immédiates, l’expert estime que cette crise pourrait constituer une opportunité pour renforcer la présence économique de l’Algérie sur le continent africain. Des projets structurants, tels que la route reliant Tindouf à Zouerate ou encore le gazoduc transsaharien vers le Nigeria, sont appelés à jouer un rôle clé dans l’expansion des échanges commerciaux et des services.

Par ailleurs, la transition énergétique s’impose désormais comme un axe stratégique majeur. À l’instar de nombreux pays, l’Algérie accélère ses investissements dans les énergies renouvelables et développe des projets de connexion énergétique avec l’Europe, notamment avec l’Italie, dans les domaines de l’électricité et de l’hydrogène vert.

Cette orientation s’inscrit dans une politique plus large de diversification économique. Les grands projets lancés dans les secteurs de l’énergie et des mines — à l’image de l’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet ou du développement de la filière phosphates —, combinés à la modernisation des infrastructures ferroviaires et logistiques, visent à réduire la dépendance aux hydrocarbures et à stimuler l’investissement.

En toile de fond, c’est un basculement progressif des rapports de force économiques qui se dessine. La montée en puissance de la Chine comme pôle industriel majeur contraste avec un relatif recul de l’influence américaine. Dans le même temps, certaines puissances européennes semblent chercher à affirmer une plus grande autonomie stratégique.

Pour Houari Tigharsi, une certitude s’impose : face à l’ampleur des défis, la période à venir exigera un renforcement du dialogue international et un engagement résolu en faveur de solutions pacifiques, condition essentielle pour contenir les chocs économiques et garantir la stabilité des marchés mondiaux.

L.R.  

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