Dans le cadre des démarches engagées pour parachever les grands projets structurants de la région, le wali de Constantine s’est rendu sur le site du tunnel de Djebel El Ouach afin d’inspecter l’avancement du chantier relatif au tube droit de cet ouvrage majeur de l’autoroute Est-Ouest. Cette visite de terrain a permis au chef de l’exécutif de s’imprégner directement de l’état d’avancement d’une infrastructure cruciale pour la fluidité du trafic routier. Lors de cette inspection, un constat sans concession a été dressé sur l’ensemble des contraintes techniques qui entravent la progression du chantier, tout en passant en revue les leviers administratifs et financiers susceptibles de débloquer la situation. L’objectif avoué de cette démarche est d’établir une feuille de route claire et d’imposer des mesures d’urgence pour réunir toutes les conditions nécessaires à la reprise effective des travaux. Dès lors, une question brûle toutes les lèvres : cette intervention de l’autorité locale sera-t-elle enfin le déclic tant attendu pour sortir l’ouvrage de l’impasse et voir enfin le bout du tunnel ?
Il faut dire que ce chantier offre depuis trop longtemps le spectacle d’un véritable enlisement géotechnique, où la réalité du terrain est venue balayer, une à une, toutes les certitudes initiales. Face aux aléas d’un sol particulièrement instable, le projet s’est progressivement mué en un épuisant travail de Sisyphe. Les diagnostics techniques se succèdent et les vagues d’inspections s’enchaînent sans qu’aucune issue définitive n’émerge de cette paralysie opérationnelle. En dépit d’engagements répétés et de promesses de livraison sans cesse renouvelées, l’achèvement des travaux s’est longtemps apparenté à une chimère, un horizon qui se dérobe à mesure qu’on tente de s’en rapprocher. Il s’agit d’un projet profondément en souffrance où l’accumulation des expertises ne parvient plus à masquer l’évidence des difficultés du sous-sol.
Cette spirale d’incertitudes ne date pas d’hier. Dès le lancement des travaux de l’autoroute Est-Ouest sur le tronçon de Constantine en 2008, la complexité d’une zone marquée par un relief escarpé et un sol sujet aux glissements de terrain laissait présager des défis colossaux. Le point de rupture est survenu au début du mois de janvier 2014, lorsqu’une secousse s’est traduite par un effondrement spectaculaire d’environ 129 mètres dans le tube Ouest et par une dégradation du revêtement du tube Est. Cet incident majeur, survenu sur le chantier alors mené par le consortium japonais Cojaal, s’était accompagné d’un affaissement de la chaussée ayant provoqué le glissement de véhicules stationnés juste au-dessus de la zone de creusage.
Face à cet accident d’une ampleur inédite et à l’arrêt prolongé des travaux, les autorités avaient dû adopter une solution provisoire en réalisant, dès 2015, une route de contournement de 13 kilomètres d’un coût de 8 milliards de dinars pour assurer la continuité de la circulation. Après l’échec et le départ du groupement Cojaal, le chantier a été confié en 2018 à l’entreprise nationale Cosider pour réhabiliter et achever l’infrastructure.
Cependant, la tâche s’est avérée titanesque pour le géant national du BTP, contraint de faire preuve d’une extrême prudence pour éviter un nouvel échec sur ces lieux hostiles. Déjà en avril 2021, les prévisions annonçaient une réception du tunnel à l’horizon 2025, à condition stricte que les opérations maintiennent une cadence régulière. Ces projections traduisaient parfaitement la prudence de Cosider, qui s’accordait du temps pour dompter un terrain indocile où des essais de roulement et diverses tentatives de finalisation se sont heurtés à de récurrents retards. Seul le tube gauche a été réceptionné, le tube droit pas encore !
Aujourd’hui, face à ce passif lourd et à des délais constamment repoussés, la récente visite de terrain du wali de Constantine résonne comme un signal fort. En s’attaquant simultanément au verrouillage technique, administratif et financier, l’exécutif local entend siffler la fin de la récréation et imposer un nouvel ordre de marche. Reste à savoir si la mobilisation de ces mesures d’urgence suffira à vaincre la fatalité géologique pour que cet axe vital voie enfin le jour.
L.R.



