Prise entre l’impératif de rompre définitivement avec le gaz russe et la crainte de substituer cette dépendance par une autre, celle du GNL américain, l’Union européenne accélère son rapprochement énergétique avec l’Algérie. Fournisseur historique et géographiquement stratégique, Alger s’impose de plus en plus comme un pilier de la sécurité énergétique européenne.
Cette orientation s’est matérialisée jeudi 12 février 2026 à Alger, avec la tenue de la sixième réunion du dialogue politique de haut niveau sur l’énergie entre l’Union européenne et l’Algérie, coprésidée par le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen, et les ministres algériens de l’Énergie et des Hydrocarbures, Mohamed Arkab et Mourad Adjal.
L’Algérie, « fournisseur fiable et durable » pour l’Europe
Dans un communiqué conjoint publié à l’issue de la rencontre, les deux parties ont réaffirmé le rôle central de l’Algérie en tant que « fournisseur fiable et durable de gaz naturel » pour l’Europe. Elles ont également exprimé leur volonté de renforcer davantage la coopération gazière, dans l’objectif de soutenir la résilience du système énergétique européen, dans un contexte géopolitique marqué par de fortes incertitudes.
En conférence de presse, Dan Jorgensen a levé toute ambiguïté sur les intentions de Bruxelles :
« L’Algérie est déjà un partenaire très important en matière de gaz, mais elle va le devenir encore davantage », a-t-il déclaré, soulignant la volonté de l’UE de diversifier ses sources d’approvisionnement sans recréer de nouvelles dépendances.
Ne pas remplacer une dépendance par une autre
L’Union européenne s’est fixé l’objectif de cesser totalement les importations de gaz russe d’ici 2027. Or, depuis le déclenchement de la crise énergétique en 2022, l’Europe s’est largement tournée vers le gaz naturel liquéfié (GNL) américain, qui représentait, au troisième trimestre 2025, 60 % des importations européennes de GNL, contre seulement 24 % début 2021.
Une évolution qui suscite aujourd’hui de vives inquiétudes à Bruxelles. « Il existe un risque réel de remplacer une dépendance par une autre », avait mis en garde Dan Jorgensen avant son déplacement à Alger, dans un contexte de tensions politiques croissantes entre l’Europe et les États-Unis, notamment autour du dossier du Groenland.
« Cette réunion arrive à point nommé, au moment où nous nous affranchissons de notre dépendance au gaz russe », a-t-il insisté à Alger.
L’Algérie, alternative stratégique crédible
Dans ce paysage énergétique en recomposition, l’Algérie apparaît comme une alternative stratégique crédible. Par sa proximité géographique, l’importance de ses réserves, ses capacités de production et surtout ses infrastructures de transport — avec deux gazoducs reliant directement le pays à l’Espagne et à l’Italie — Alger offre à l’Europe une sécurité d’approvisionnement que peu d’autres partenaires peuvent garantir.
Au troisième trimestre 2025, l’Algérie était déjà le troisième fournisseur de gaz de l’Union européenne, avec 7,7 % des approvisionnements, derrière la Russie (12,7 %) et devant le Qatar (6 %).
Un rôle croissant dans le GNL européen
Historiquement fournisseur majeur de gaz par pipeline, l’Algérie est également devenue un acteur clé du marché du GNL européen. Selon l’agence italienne Nova, l’Europe a absorbé en 2025 95 % des exportations totales de GNL algérien, réparties notamment entre la Turquie (3,14 millions de tonnes), la France (2,31 millions), l’Italie (1,62 million), l’Espagne (1,44 million) et le Royaume-Uni (640 000 tonnes).
L’Algérie a même dépassé les États-Unis en 2025 pour devenir le premier fournisseur de GNL de l’Espagne, confirmant le renforcement de sa position sur le marché ibérique.
Les livraisons vers l’Italie ont, elles aussi, connu une progression significative, avec 47 cargaisons algériennes en 2025, sur un total de 221 cargaisons reçues par le pays, soit 21 %, contre 31 cargaisons en 2024.
Des flux par gazoduc maintenus à un niveau élevé
Parallèlement au GNL, l’Algérie continue de sécuriser ses livraisons par gazoduc. En 2025, 20,1 milliards de mètres cubes de gaz ont été acheminés vers l’Italie via le gazoduc Transmed, confirmant le rôle central d’Alger dans l’approvisionnement énergétique du sud de l’Europe.
S.B.



