Après de longs mois marqués par la rareté des précipitations et une pression croissante sur les ressources hydriques, le nord du pays connaît un changement météorologique majeur. Les pluies abondantes enregistrées ces dernières semaines ont non seulement inversé la tendance, mais elles ont surtout redonné souffle aux barrages, aux terres agricoles et aux populations. Plus qu’un simple épisode climatique, cette séquence pluvieuse s’impose comme un tournant stratégique pour la sécurité hydrique nationale.
Dans plusieurs régions, les apports d’eau ont été si importants que certains barrages ont dû procéder à des lâchers contrôlés, leurs retenues ayant frôlé, voire dépassé, la capacité de stockage. Une situation rare ces dernières années, perçue comme un signal hautement positif pour l’alimentation en eau potable, l’irrigation agricole et la stabilité des équilibres hydrauliques.
Beni Haroun, le géant hydraulique retrouve son rôle central
Symbole de cette embellie, le barrage de Beni Haroun, situé dans la wilaya de Mila et considéré comme le plus grand du pays, affiche un taux de remplissage d’environ 92 %, soit près de 900 millions de mètres cubes d’eau stockés, pour une capacité maximale d’un milliard de mètres cubes. Un niveau atteint dès la fin du mois de janvier, alors que les années précédentes, le pic de remplissage était généralement observé entre février et mars.
Selon Mohamed Alioueche, directeur de l’antenne locale de l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT), les précipitations soutenues enregistrées tout au long du mois de janvier, et particulièrement lors du dernier week-end, ont provoqué une hausse spectaculaire des apports hydriques en provenance des oueds et affluents reliés au barrage. Les instruments de mesure ont ainsi enregistré l’entrée de près de 8 millions de mètres cubes en seulement 24 heures, un chiffre qualifié de « très prometteur » par rapport aux niveaux constatés ces dernières années à la même période.
Un enjeu stratégique pour cinq wilayas
Au-delà des chiffres, l’enjeu est éminemment stratégique. Le barrage de Beni Haroun constitue un maillon essentiel du système national de transferts hydrauliques et alimente directement cinq wilayas : Constantine, Oum El Bouaghi, Khenchela, Batna et Mila. La remontée spectaculaire de son niveau offre ainsi des perspectives rassurantes pour des millions de citoyens, en matière de régularité de distribution d’eau potable.
Si les précipitations se poursuivent dans les prochains jours, voire si des chutes de neige viennent renforcer les apports, le barrage pourrait atteindre rapidement sa capacité maximale, ce qui impliquerait un recours plus fréquent aux dispositifs de déversement contrôlé.
Un levier décisif pour l’agriculture
Les retombées de cette amélioration hydrique dépassent largement le seul cadre domestique. Pour le monde agricole, ces pluies constituent un véritable catalyseur de relance. Les sols, longtemps éprouvés par la sécheresse, retrouvent une humidité en profondeur favorable à la céréaliculture, avec une levée des semis jugée prometteuse et l’espoir de meilleurs rendements ; à l’arboriculture, dont les vergers peuvent reconstituer leurs réserves hydriques avant les fortes chaleurs ; et au pâturage, grâce à la régénération rapide du couvert végétal, soulageant ainsi les éleveurs confrontés à la flambée des coûts des aliments de bétail.
Dans un contexte de recherche de souveraineté alimentaire, cette embellie climatique représente un atout majeur.
Des renforts structurels en parallèle
Parallèlement à l’apport naturel des pluies, les autorités poursuivent leurs efforts pour consolider durablement l’approvisionnement en eau potable. La Direction des ressources en eau a annoncé le renforcement de la dotation quotidienne de certaines zones grâce à un apport supplémentaire de 4 000 mètres cubes par jour, provenant d’un forage profond à Rechaïga, réalisé dans le cadre du programme complémentaire de développement.
Un second forage profond, mis en service dans la commune d’El Maâsem, produit quant à lui 170 mètres cubes par jour, contribuant à améliorer la régularité de la distribution au profit des habitants.
Au-delà de l’eau : un apaisement collectif
L’impact de ces pluies ne se limite pas aux indicateurs techniques. Il est aussi psychologique et social. Voir les oueds couler à nouveau, les barrages se remplir et les terres reverdir agit comme un puissant facteur d’apaisement dans un pays où la question de l’eau est devenue centrale. L’abondance retrouvée redonne confiance, restaure les perspectives et replace la ressource hydrique au cœur de la stabilité et du développement.
Entre dynamique naturelle favorable et investissements publics dans les infrastructures, l’Algérie semble ainsi entrer dans une phase plus rassurante sur le plan hydrique, même si les défis structurels liés au changement climatique demeurent, eux, pleinement posés.
L.R.



